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« Nous sommes des révélateurs de talent au service des entreprises » : Jean-Marc Idoux (Groupe HEI ISA ISEN)
15 AVR

« Nous sommes des révélateurs de talent au service des entreprises » : Jean-Marc Idoux (Groupe HEI ISA ISEN)

15/04/2016

Récompensé pour ses pédagogies innovantes par un Idefi (initiative d’excellence en formations innovantes), tourné vers les besoins des entreprises, le Groupe HEI ISA ISEN c’est aujourd’hui 4000 étudiants formés dans trois écoles lilloises. Rencontre avec son directeur, Jean-Marc Idoux.

Jean-Marc Idoux

Olivier Rollot : Cela fait maintenant trois ans qu’HEI, l’ISA et l’ISEN Lille ont fusionné pour former le Groupe HEI ISA ISEN. Quel bilan pouvez-vous aujourd’hui tirer de cette fusion ?

Jean-Marc Idoux : Nous l’avons toujours pensé comme un projet collectif avec une organisation sous la forme d’une « association unique à établissements autonomes ». Un système hybride dans lequel les trois écoles se coordonnent sur des projets collectifs tout en gardant leur autonomie de développement.

O. R : Donc vous garderez toujours ces trois marques ?

J-M. I : HEI, l’ISA et l’ISEN ont une valeur immatérielle – une réputation, un réseau d’anciens, des entreprises partenaires, etc. – qu’il faut absolument conserver tout en construisant ensemble des projets de recherche ou à l’international. C’est un modèle bien plus efficace que des fusions trop intrusives où on veut absolument tout homogénéiser.

O. R : Au cœur de votre projet il y a les « ADICODE », des « ateliers de l’innovation et du co-design ». Pouvez-vous me préciser de quoi il s’agit ?
J-M. I : Les ADICODE sont des ateliers d’innovation qui ont reçu 5 millions d’euros dans le cadre des Idefi (initiatives d’excellence en formations innovantes) puis d’autres financements des fonds européens Feder et de la Métropole européenne de Lille. Il s’agit pour nos étudiants de travailler en co-design (ou en co-conception) pour des projets d’innovation confiés par des entreprises de la région. Nous sommes partis du constat qu’on dépensait beaucoup en France en recherche et développement sans que cela débouche sur suffisamment de dépôts de brevets. Nous préférons donc accompagner des projets d’entreprise – des grandes, des PME comme de plus petites – qui déboucheront sur des réalisations concrètes par une approche centrée sur les usages. Nous en suivons déjà 50 par an et 150 ont déjà abouti. Nous nous définissons comme des « révélateurs de talent au service des entreprises » !

O. R : Comment sont organisés les ADICODE ?

J-M. I : Nous avons développé tout un protocole où nous travaillons d’abord avec l’entreprise à qualifier le projet. Ensuite sont désignés deux enseignants, un coach et un expert du sujet, pour suivre le projet avec les étudiants. Tout le processus est ensuite conçu pour amener toute l’équipe à être créative, pour « accélérer » l’innovation. Nous avons construit pour cela des bâtiments entiers autour de cette notion de co-design avec également deux fablabs qui permettent des prototypages rapides. C’est toute un chaîne qui permet aux entreprises de nous confier des projets de A à Z avec des étudiants qui y travaillent jusqu’à trois mois à plein temps.

O. R : Dans le cadre de ces ADICODE vous avez notamment développé une « Maison intelligente au service des personnes âgées ». En quoi consiste-t-elle ?

J-M. I : C’est un des projets communs avec l’Université Catholique de Lille, le CNRS, l’université Lille 1 et l’Ecole d’architecture pour développer de nouveaux produits au service des personnes en situation de handicap. C’est toute la logique du co-design que de travailler dans une logique d’innovation par l’usage au service des publics. Nous participons d’ailleurs à un réseau avec les autres établissements d’enseignement supérieur qui travaillent dans cette logique dans le monde, le réseau MOSAIC.

O. R : Plus largement vous participez à ce qu’on appelle la 3ème révolution industrielle en Nord Pas-de-Calais.

J-M. I : C’est un projet qui est né avec l’économiste Jeremy Rifkin pour donner un nouveau souffle à la région. Qu’il s’agisse de transformation énergétique, d’économie durable ou encore de réseaux intelligents nos trois écoles couvrent tous les champs de transformation de cette nouvelle révolution industrielle. Un exemple : récemment nous avons consacré un séminaire au « Smart farming » pour réfléchir certes à des traitements des champs moins consommateurs de pesticides mais aussi à l’implantation de nouveaux bâtiments innovants dans les villes intégrant de nouvelles manières de ramener l’agriculture en ville, ce qu’on appelle l’ « urban farming ». Demain le consommateur pourrait bien être soi même producteur jusque dans les villes.

Les locaux de l'Isa

O. R : Question d’orientation maintenant. Comment recrutez-vous vous élèves ingénieurs ?

J-M. I : L’ISA propose un cursus intégré en cinq ans (portail d’admission GEPB) quand l’ISEN et HEI passent par des classes prépas conventionnées dans des établissements partenaires (portail admission-postbac).

Ces classes prépas ont la particularité d’être « sécurisées ». C’est à dire que les élèves qui le désirent peuvent à la fois travailler dans une logique de concours et de contrôle continu avec des heures de travail adaptées et même un stage dans une entreprise entre la 1ère et 2ème année. Après ces deux ans ils sont libres de tenter les concours ou d’entrer directement chez nous s’ils ont le niveau en contrôle continu.

O. R : Vous recrutez également des « déçus » de la PACES (première année commune aux études de santé).

J-M. I : Nous avons été parmi les premiers à créer des « prépas rebonds » qui permettent à des étudiants de PACES en situation d’échec de rejoindre les rangs de nos écoles dès le mois de janvier pour suivre un semestre de prépa qui les remettent en logique de réussite. Plus de 80% des étudiants relèvent ce défi en passant normalement en 2ème année de classes préparatoires et nous pensons aujourd’hui à un dispositif similaire pour des bacheliers S inscrits dans des écoles de commerce qui constatent que ce n’est pas exactement les études qui leur conviennent.

O. R : Vous recrutez même des bacheliers STI2D, ce qui n’est pas si rare dans une école d’ingénieurs, et des ES, ce qui l’est beaucoup plus !

J-M. I : Les programmes des filières du bac se rapprochent beaucoup et des bacheliers STI2D, et même ES, peuvent tout à fait atteindre le niveau en sciences que nous attendons pourvu qu’on leur dispense un enseignement adapté.

O. R : On peut également entrer après un bac+2, pas seulement si on vient des prépas avec lesquelles vous êtes conventionné ?

J-M. I : Nous acceptons des étudiants de maths spé issus de toutes les prépas mais aussi des titulaires de DUT et quelques BTS. Pour ces derniers nous avons conçu des parcours « BTS + prépa » avec des lycées dans toute la France. Ceux qui réfléchissent déjà à une poursuite d’études après leur diplôme peuvent y suivre, dès leur première année, des enseignements complémentaires pour compenser certaines lacunes (en maths et physique) qui, sinon, rendraient difficile leur poursuite d’études. Ils viennent même chez nous en cours de scolarité pour vivre la vie d’un élève ingénieur.

La cour intérieur d'HEI

O. R : La dimension internationale est-elle développée dans votre groupe ?

J-M. I : Tous nos élèves ont l’obligation de partir à l’international. Nous avons signé des conventions avec 300 partenaires académiques dans le monde mais ils sont 60% à préférer aller dans des entreprises. En moyenne leur séjour dure cinq mois. Nous avons également des accords de doubles diplômes et 30 à 40 étudiants suivent chaque année entre six mois et un an de cours supplémentaires pour les obtenir.

O. R : L’insertion professionnelle est toujours au beau fixe ?

J-M. I : 60% de nos étudiants sont recrutés avant même de sortir de l’école et tous sont embauchés dans les 1,5 mois après. 20% démarrent aujourd’hui leur carrière à l’étranger.

O. R : Les ADICODE permettent-ils également de développer votre formation continue ?

J-M. I : C’est encore modeste sur le plan financier, mais effectivement de grands groupes, de grandes institutions nous demandent de plus en plus de former des professionnels capables de réfléchir dans une logique d’usage.

O. R : L’Idex lillois a récemment été retoqué par le jury des initiatives d’excellence. Vous en faites partie. Comment vivez-vous cet échec ?

J-M. I : Mal bien-sûr car nous avions donné une vraie identité collective à ce projet soutenu par la COMUE dont l’Université catholique de Lille fait partie des piliers. Devenir un groupe nous a permis d’accroître notre visibilité sur certaines thématiques de recherche et ouvert la voie à encore plus de collaborations avec l’ensemble des universités lilloises.

O. R : L’ISEN est également présente à Brest et Toulon. Quels sont vos liens avec ces deux entités ?

J-M. I : Ce sont deux « petites sœurs » de l’ISEN Lille et nous en restons très proches. Avec l’ISEN Toulon nous avons même monté un campus au Maroc, à Fès et nous avons beaucoup de projets communs dont des SPOC (small private online course) ou des cours inversés en ligne. Nous avons même été récompensés d’un deuxième Idefi avec les deux ISEN pour un projet de formation en réseau d’ingénieurs internationaux.