Article issu de l’Essentiel du Sup
25 mars 2016

Y a-t-il un « modèle » IAE ?

Les IAE (instituts d’administration des entreprises) se sont affirmés comme les écoles de management des universités. Mais, comme leurs consoeurs, leur univers est tout sauf homogène. Si la plupart ne reçoivent des étudiants qu’à partir du master, un tiers le fait dès le bac. Certains, comme à Paris, sont des acteurs importants en formation continue quand d’autres se concentrent sur la formation initiale. Alors que beaucoup d’écoles de management doutent de leur modèle, existe-t-il un modèle IAE ?

 

IAE vs. Écoles de management ?

 

Présidente de l’Université Grenoble Alpes, Lise Dumasy se veut ouverte : « Notre IAE est la school of management de l’université. Mais cela n’empêche pas à que nous travaillions aujourd’hui au rattachement de Grenoble EM à la Comue. Nous pensons qu’il vaut mieux travailler tous ensemble que laisser faire chacun de son côté ». Le modèle de coopération le plus abouti dans ce contexte est celui de l’EM Strasbourg, à la fois école de management et IAE. « Nous travaillons main dans la main avec notre université. Cette entente nous a permis d’augmenter d’un tiers le nombre de nos professeurs et de multiplier par deux les postes administratifs », assure Isabelle Barth, sa directrice.

Loin d’être seulement des rivales, écoles de management et IAE font partie d’un écosystème commun, celui des formations en gestion qui ne regroupe pas loin de 20% des étudiants français. « Un secteur en profonde transformation, marqué par des fusions et l’entrée de nouveaux acteurs privés suite au désengagement des chambres de commerce et d’industrie », souligne Jérôme Rive, président d’IAE France, inquiet de voir certains « lancés dans une sorte de « fuite en avant » avec le développement de nouvelles formations comme les bachelors ».

 

Des univers poreux

 

A la différence des écoles de management, les IAE délivrent essentiellement des diplômes nationaux – dont le plus fameux est MAE (Management et administration des entreprises). L’IAE Lyon propose par exemple pas moins de treize grands masters différents qui débouchent sur près d’une cinquantaine de parcours. « En master, nos effectifs doublent entre la première année et la seconde année de master », remarque Virginie de Barnier, directrice de l’IAE Aix Marseille université, qui ne propose que des formations post licence (jusqu’au MBA et au doctorat) et recrute beaucoup dans les business schools, notamment en bachelors : « A l’entrée en première année de master, 37% de nos étudiants possèdent un bachelor, 33% une licence et les autres ont enchaîné leur diplôme d’IUT par un DUETI », liste Virginie de Barnier. « Ce sont des flux nouveaux mais tous les bachelors ne se valent pas. La CEFDG (Commission d’évaluation des formations de gestion) garantit la qualité des diplômes des opérateurs privés. Ses certifications (visa, master) sont un critère de choix clé pour les familles », reprend Jérôme Rive.

 

Un bon retour sur investissement

 

Universitaires, les diplômes des IAE sont facturés à leurs étudiants au même prix que les autres, c’est à dire 184€ par an en licence et 256€ en master. « Dans le choix d’un IAE plutôt qu’une école de management y a d’abord une question de prix qui peut faire la différence pour des produits de valeur proche à la qualité certifiée », analyse Jérôme Rive. Article issu de l’Essentiel du Sup du 25 mars 2016 Conseil en stratégie pour l’enseignement supérieur, la recherche et la formation Y a-t-il un « modèle » IAE ? Dans cet univers l’IAE Aix-Marseille Université a la particularité de proposer à ses étudiants de passer à la fois un master et un MSc. Payant – de l’ordre de 4000€ par, ce dernier permet de passer six mois à l’étranger en séjour académique ou en stage. « La plupart de nos étudiants le financent grâce à un contrat d’apprentissage », remarque Virginie de Barnier, fière également de rappeler que son master a été distingué dans le dernier classement du Financial Times.

 

Faire naître un « esprit IAE »

 

Ce qui manque à la plupart des IAE encore pour se mesurer aux meilleures écoles de management ? Au-delà des accréditations internationales, apanage de l’IAE Aix-Marseille avec Equis et Lyon avec l’Epas pour l’un de ses masters, sans doute un enracinement international plus important – peu envoient tous leurs étudiants à l’étranger quand c’est obligatoire dans les écoles de management possédant le grade de master -, et un réseau d’anciens bien constitué. Mais ils y travaillent ! « Avec IAE France nous organisons des rencontres « afterwork » pour nos alumni dans toute la France », explique Jérôme Rive. Pour faire vivre cet « esprit IAE » dès l’école IAE France organise une Coupe de France des IAE qui mobilise chaque année plus d’étudiants sportifs.

Olivier Rollot (@ORollot)

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Article issu de l’Essentiel du Sup
19 février 2016

Réforme de la formation continue : un démarrage difficile

Il y a bientôt deux ans que la formation professionnelle a été réformée par une loi de mars 2014 et un an que le compte personnel de formation (CPF) a remplacé le DIF (droit individuel à la formation). Faute de s’être suffisamment préparés à ces deux grands bouleversements, beaucoup d’organismes de formation sont aujourd’hui en danger quand universités et grandes écoles y voient de nouvelles opportunités et s’organisent pour y répondre.

Réunis pour la 14ème Université d’hiver de Centre Inffo (l’organisme d’information sur la formation continue), les acteurs du système – organismes de formation, organismes paritaires, syndicats, entreprises, etc. – en ont débattu pendant du 27 au 29 janvier. Venue lancer les débats, la ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, Myriam El Khomri, y voit un élément central de dialogue dans les entreprises : « Il faut les convaincre que l’investissement dans la formation est indispensable. Un employé formé est motivé tout en étant protégé sur le marché du travail. Mais nous devons aussi admettre que les démarches restent trop compliquées ».

 

Le CPF n’est pas le DIF !

 

Quand le compte personnel de formation (CPF) a succédé au DIF beaucoup ont cru à un simple remplacement. Grave erreur. « Au système ouvert qu’était le DIF a succédé un processus élaboré dans lequel les formations doivent justifier de leur valeur pour être agréées. Le CPF pousse à penser différemment », explique Claire Khecha, directrice d’Opcalia, l’un des deux Opca interprofessionnels (organismes paritaires collecteurs agréés) qui collectent les contributions des entreprises pour financer la formation des salariés. « Nous allons vers un système de qualification professionnelle qui vous suit tout au long de la vie. Aujourd’hui on ne peut plus se contenter d’une formation initiale suivie d’expériences. Ces expériences il faut les prouver par des certifications », confirme Xavier Royer, co-animateur du comité des observatoires des certifications au sein du Copanef (Comité interprofessionnel pour l’emploi et la formation), l’instance paritaire patronat/syndicats qui chapeaute tout le système. « Dire « anglais : lu, parlé, écrit » sur un CV, c’est bien mais c’est quand même mieux de montrer qu’on a un niveau de 750 au TOEIC ! »

« Le CPF permet l’individualisation des parcours tout en accompagnant l’individu tout au long de sa vie, dont les périodes de chômage, ce qui représente une grande avancée », estime encore Olivier Faron, administrateur général du Cnam, qui forme chaque année 80 000 auditeurs en formation continue dans quasiment toutes les disciplines universitaires (relire son entretien complet).

 

Le difficile démarrage du CPF

 

En 2015, 210 000 dossiers de CPF ont été validés contre 515 000 de DIF l’année précédente. Pour devenir une certification éligible au CPF, une formation doit en effet obligatoirement être inscrite sur une liste gérée par le Copanef et ses représentations régionale. Et c’est là que le bas blesse. Au-delà d’un oubli initial de l’ensemble des formations en langues, qui représentaient une très grande partie des DIF, aujourd’hui réparée la mise en place de ces listes prend du retard au point que le député rapporteur de la loi, Jean-Patrick Gille, parle d’un « grand bordel » : « Il y a, on ne sait combien de listes au lieu de la seule que j’imaginais ; c’est le gros point noir ! » Il vient d’ailleurs d’entreprendre une mission parlementaire d’évaluation de la loi qu’on imagine sans concession. « Le problème c’est qu’aujourd’hui les listes du compte personnel de formation (CPF) sont pléthoriques », confirme Article issu de l’Essentiel du Sup du 19 février 2016 Conseil en stratégie pour l’enseignement supérieur, la recherche et la formation Réforme de la formation continue : un démarrage difficile Christian Janin. Sans parler d’une plate-forme mise au point par la Caisse des dépôts qui a bien du mal à communiquer avec celle des Opca…

Alors que les organismes de formation se battent pour faire inscrire l’ensemble de leurs formations sur ces listes, nombreuses sont également les universités et les grandes écoles à ne pas y retrouver des diplômes parfois bien éprouvés mais qui n’entrent pas forcément dans le spectre des formations que les partenaires sociaux jugent illisibles. « La liste devrait être accessible à tous à partir des formations inscrites au RNCP plus des listes de branche et régionales pour l’abondement », défend Catherine Perret, responsable de la formation au sein de la CGT.

Une complexité dans la mise en oeuvre qui doit en tout cas faire réfléchir alors que la création du « compte personnel d’activité » (CPA) est au menu des partenaires sociaux et de la future loi sur le droit du travail que doit présenter Myriam El Khomri en mars.

 

Un marché déprimé

 

Les retards à l’allumage du CFP comme les hésitations des entreprises dans la mise en oeuvre de leurs plans de formation font que le marché de la formation continue semble durablement déprimé. En juin 2015, 36% des responsables de formation interrogés par le Garf dans son Baromètre envisageaient ainsi de baisser le volume de leurs achats contre seulement 5% qui pensaient l’augmenter et 59% le maintenir. La Fédération de la formation professionnelle (FFP) évoque même la « mort » des organismes – on en compterait 80 000 en France dont beaucoup ne comptent qu’une seul salarié – qui avaient tout misé sur le DIF quand les partenaires sociaux privilégient des formations longues et diplômantes… peu accessibles avec un CPF forcément encore peu abondé.

Ces mêmes responsables envisagent à 54% de développer leurs formations en interne. Directeur des ressources humaines et du développement durable de Spie Batignolles, Nicolas Flamant ne ferme pas pour autant la porte aux organismes : « Il y a aujourd’hui de l’internalisation c’est clair mais nous sommes ouverts aux organismes de formation qui veulent nous rejoindre ».

Olivier Rollot (@ORollot)

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Article issu de l’Essentiel du Sup
5 février 2016

Grandes écoles : la quête du classement idéal

Débordées par le poids des questionnaires liés aux classements, qui « consomment une énergie et un temps considérable », les écoles d’ingénieurs de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieur ont constitué un groupe de travail en vue de « constituer une base de données commune » de réponse aux médias. En leur temps les écoles de management ont tenté de faire de même. Sans succès. On souhaite plus de réussite aux écoles d’ingénieurs…

 

Le projet de la Cdefi

 

La Cdefi entend fournir à la presse une « série d’indicateurs harmonisée » pour « éviter les dérives constatées ». Problème : sur de nombreux points il reste encore aux écoles à se mettre d’accord sur ce qu’est telle ou telle donnée. Le montant de la recherche par exemple : doit-il être comptabilisé en ne prenant en compte que la recherche faite stricto sensu dans l’établissement, ou dans l’UMR ? Et faut-il compter seulement les salaires des permanents, chargés ou pas, etc. ?

La Cdefi et les médias doivent maintenant se mettre d’accord sur ces données pour créer une base unique exploitable et capable d’évoluer. Du côté des médias il faut accepter que la plupart des données passent pas un organisme collecteur et certifiant. La Cdefi ne s’oppose pas à que certaines données soient collationnées spécifiquement pas les médias en fonction de leurs besoins spécifiques.

 

Données et classements

 

Quelles que soient la façon dont sont collationnées les données, leur interprétation peut donner lieu à débat. Le classement des lycées en est un exemple édifiant. Entièrement construits grâce aux données du ministère de l’Education nationale, il peut donner comme vainqueur Henri IV, Hoche et Louis-Le-Grand ex-aequo (Le Figaro), Notre-Dame de La Viste (l’Etudiant et Le Monde) ou le lycée Beth Hanna de Paris (Le Parisien). Les uns prennent en effet seulement en cause la réussite au bac quand les autres mettent en avant la « plus-value », soit la capacité d’un lycée à faire réussir des candidats en fonction de leur niveau initial.

Les médias peuvent également faire évoluer leurs priorités : en 2013 Challenges fonde son classement largement sur la diversité quand, en 2015, c’est la création d’entreprise qui l’emporte. En 2014, Le Figaro accordait 79 points à l’école la plus internationale (l’ESC Rennes), en 2015 ce ne sont plus que 64 points qui sont accordés à la première (en l’occurrence l’ESCP Europe). Même sans changer la pondération, l’international recrute et le classement évolue.

Cette année l’Usine nouvelle va encore plus loin en changeant diamétralement sa conception : alors que depuis plusieurs années elle classait globalement les INP (toutes écoles confondues), elle a décidé cette année de les classer par école, comme l’Etudiant. Logique si on s’adresse à des étudiants qui recherchent une école, moins si ce sont les entreprises, en tout cas un sacré casse-tête pour des INP qui ne divisent plus depuis longtemps leur recherche par école. Vexées d’être dépassées par les INP Grenoble et Lorraine en 2015, il se murmure aussi que des grandes écoles parisiennes auraient insisté pour ce changement de méthodologie…

 

Vérifiez l’info !

 

Le postulat de la Cdefi est que les écoles répondent en tous points honnêtement aux questions qu’on leur pose et que les données publiées aujourd’hui par la Commission des titres d’ingénieurs (CTI) sont une base fiable. A y regarder de plus près certaines données publiées aujourd’hui, notamment sur les salaires, paraissent… étonnantes. Le travail de vérification de l’Etudiant en fait aujourd’hui un classement de référence quand certaines données publiées par d’autres semblent franchement… étonnantes. Le nombre d’entreprises « incubées au sein de l’école » dans le dernier classement de Challenges semble par exemple mêler l’ensemble des entreprises incubées depuis l’ouverture de l’incubateur et celles incubées cette année. Quand elles parlent d’« étudiants partis à l’étranger » dans l’Usine nouvelle, certaines écoles semblent répondre sur la totalité du cursus quand d’autres le font sur une seule année…

 

La solution viendra-t-elle de LinkedIn ?

 

Et si le classement « idéal » ne pouvait être fait qu’en évitant de poser toute questions aux écoles ? Aux Etats-Unis, au Canada comme au Royaume-Uni LinkedIn permet aujourd’hui de réaliser un classement des universités en fonction des carrières professionnelles de leurs diplômés. Au niveau undergraduate, les futurs marketeurs britanniques sont ainsi informés que la London School of Economics présente aujourd’hui le meilleur choix quand les développeurs logiciels américains soucieux de choisir une formation postgraduate aux Etats-Unis passeront plutôt par Brown University. Dans un entretien au site Atlantico, Jean-François Fiorina, directeur général adjoint de Grenoble EM, y voit néanmoins quelques limites. Selon lui « les profils sur LinkedIn ne seront pas forcément bien remplis et seront biaisés ». Résultat : « Comme dans tous les classements, il présentera des limites au début car on va avoir un championnat du monde des menteurs mais comme dans tous les classements, il devrait se professionnaliser avec le temps ».

 

Un « championnat du monde des menteurs » ?

 

La formule de Jean-François Fiorina est n ne peut plus explicite et pointe les limites d’exercices nécessaires pour informer les étudiants, notamment étrangers. Seuls les médias qui prennent un temps suffisant pour vérifier les informations données par les établissements – pas forcément fausses mais parfois mal comprises en raison de questionnaires insuffisamment précis – sont légitimes. Mais les établissements doivent aussi admettre qu’une gestion coordonnée et honnête de leurs données simplifierait grandement leur travail. C’est aujourd’hui tout le mérite de la Cdefi de s’engager dans cette voie.

Olivier Rollot (@ORollot)

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